COMPTE-RENDU DU COLLOQUE SUBJECTIVITÉS FÉMINISTES, QUEER ET POSTCOLONIALES EN ART CONTEMPORAIN. UNE HISTOIRE EN MOUVEMENTS PAR CLÉLIA BARBUT

16 avril 2015, 19 h 03 min

Le colloque international Subjectivités féministes, queer et postcoloniales en art contemporain. Une histoire en mouvements s’est tenu à l’Université européenne de Bretagne Rennes 2 du 8 au 10 avril 2015.

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La qualité de la programmation et du déroulement de cet événement organisé par Émilie Blanc, Marie-Laure Allain Bonilla, Johanna Renard et Elvan Zabunyan justifie que l’information soit diffusée à son sujet. Les réflexions qui y ont émergé concernent et peuvent intéresser à la fois les mondes académiques, artistiques, et activistes. De mon expérience de jeune chercheure il est rare de trouver des espaces universitaires en France au sein desquels se croisent avec tant d’« intelligence » (terme souligné par Elvan Zabunyaun au moment de la clôture du colloque) savoirs et savoir-faire. Le programme intégrait artistes, programmatrices de centre d’art, théoriciennes, enseignantes et étudiant.e.s en école des beaux-arts et à l’université. Il comportait en plus des nombreuses communications, une visite d’exposition, de multiples projections vidéo et des performances et cette pluridisciplinarité a donné lieu à des échanges exceptionnels de connaissances, de compétences et d’expériences.

L’un des objectifs du colloque était « d’apporter un éclairage nouveau sur les résonances et les circulations entre les théories et les pratiques queer et postcoloniales ». L’art contemporain d’un coté et l’expression des subjectivités de l’autre ont constitué une sorte de double-socle au sein duquel ces problématiques complexes se sont déployées, élaborées et enchâssées. Il est impossible de synthétiser cette incroyable complexité dans un texte court, d’abord parce que l’un de ses effets est d’éclater le processus même de la synthétisation – qui plus est par le discours écrit, et en français. Comme toute restitution celle-ci est partielle, réductrice ; elle n’a pas vocation à résumer les différentes interventions mais à donner un écho bref à cet événement riche et important. Convaincue de la richesse de ce qui s’est déroulé je propose de relever quelques uns des axes qui ont traversé les différentes interventions (venues de Bolivie, d’Afrique du Sud, d’Ukraine, d’Inde, de France, de Russie, d’Espagne, du Panama, des Etats-Unis, de Grande- Bretagne, de Turquie, de Suisse, d’Allemagne, du Canada…) : les terminologies, les généalogies, les incarnations.

La chair et les corps des sujets féministes et queers se sont montrés dans toute leur hybridité : en performance (celle du collectif Diásporas Críticas, et celles – projetées – des Mujeres Creando) mais aussi sous les apparences de la conférence-performance (Anne Creissels), à travers les métamorphoses fictionnelles (Flavia Bujor), dans la pornographie et la post-pornographie (Muriel Andrin) ; les (in)visibilités des corps trans ont été abordés à plusieurs reprises (Liza Petiteau, Mélanie Klein, vidéos et dessins de Gabrielle Le Roux) ainsi que celles des corps racisés (Émilie Herbert, Fabienne Dumont, Aurélie Journée); et bien sûr, le corps de l’hétéro- normativité (Stéphanie Dadour).
La question des généalogies a été développée par de multiples intervenantes, avec des outils conceptuels innovants entre autres au sujet de la question coloniale : « scripts coloniaux » post- soviétiques (Nataliya Tchermalykh), ancestralité du thirld world (Dalida María Benfield), métissages des artistes féministes de la seconde vague (Fabienne Dumont). L’événement a aussi été l’occasion de faire le bilan de plus de cinquante ans de luttes et de discours féministes : re- confrontation des perspectives essentialiste et différentialiste (Griselda Pollock), critique de la domination du féminisme-blanc-libéral (Katy Deepwell), écriture progressive des consciences historiographiques (Clélia Barbut), transmission des déontologies alternatives et activistes (Virginie Jourdain) depuis les années 1960.

Les problématiques terminologiques enfin, ont montré leur acuité et leur importance : passages et relations entre « féminin », « féminismes » (Griselda Pollock) et « transféminismes », hégémonie anglo-saxonne du terme queer et nécessité des lexiques et langues autochtones (Miriam Solá), champ lexical difficile à figer des trans* identités (Gabrielle Le Roux et Dominique Malaquais), passage d’une histoire « postcoloniale » à une histoire « décoloniale » (Dalida María Benfield).

Ce colloque a aussi été vécu par nombre de ses participantes comme un moment humain précieux de rencontre et de partage, ce qui n’est pas sans lien avec un point sur lequel l’accent a été mis en avant par les organisatrices : l’importance de l’amour dans ces histoires féministes en mouvements. Et comme Émilie Blanc, Marie-Laure Allain Bonilla, Johanna Renard et Elvan Zabunyan l’ont aussi très justement fait remarquer, il est urgent et crucial que l’université soit et reste un espace d’accueil pour ces solidarités.

Clélia Barbut

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