Lub SkywawKa

11 juillet 2015, 17 h 23 min

 

Lub SkywawKa: interview fleuve & overview complète des Anarchives des Sexualités Alternatives.

 

 

(photo : Lub SkywawKa / Lub SkywawKa CC BY 2015)

 

Le Jedi des questions intercommunautaire, Lub SkawawKa, arrive en force avec une constellation d’archives irraisonnées sur les sexualités alternatives et des identités autres: interview & consultation libre.

 

Lub SkywawKa est diplômé de l’université de Kyoto en
 Art, Politique & Société (2001) et de l’école des Arts Décoratifs de Strasbourg (2004).

Tantôt artiste tantôt concepteur de design ou d’architecture, il travaille sur situations sociales marginales telles que la survie urbaine, la clandestinité sexuelle, les expressions urbaines libres, la mixité 
identitaire, les grand ensembles urbain (banlieue) ou la ruralité.

Il désigne ses productions comme des outils cognitifs qui participent à la construction de la conscience individuelle et collective, et
 se positionne en résistance aux désordres psychologiques de l’ostracisme social.

 

Lub Skywawka nous recevait il y a peu dans son dôjo à Paris, et se livrait avec distance et sincérité lors d’un entretien fleuve et prolixe.

 

 

ENTRETIEN

 

D’où tu viens ce nom d’emprum, Lub SkywawKa ?

Ce nom, c’est le croisement de plusieurs circonstances liées au bar Les Souffleurs & à des projets avec une bande de copains féeriques ; Ce bar, c’est devenu mon rade depuis ma rencontre fortuite avec Edouardo, l’ancien tôlier du bar, lors d’un trajet pour découvrir un campement européen de Radical Feary (Fea), un lieu de rassemblement exclusif héritié à des pensées éco-feministe queer américaines. Amis depuis deux ans, son bistrot est devenu ma petite air de repos sur mes retours de trajet entre mon job au Louvre et ma tanière. Là-bas, Susie, une des bartender m’avait surnommé, Skywalker, parce que ma présence et ma sagesse très martiale un rien taoistique la sécurisait et puis… je portais cet coupe de cheveux de samouraï urbain (rire).

 

C’est comme cela que c’est arrivé aux Souffleurs ?

Oui, c’est tout simplement Edouardo, qui, me sachant travailler sur une histoire de l’activisme LGBT, m’a proposé de faire l’expo au moment de la Pride 2015, ce qui collait parfaitement à mes intentions : faire une piqûre de rappel de ce que célèbre la Pride, à savoir les émeutes de Stonewall en 69, et offrir un panorama des acquis LGBTQIA+, de son autonomisation : de sa diversité comme de ses combats ; bref d’en montrer la substances et les héritages. Se redonner du pouvoir chacun, chacune, insouffler la solidarité intracommunautaire et arrêter de rejouer encore dans notre propre minorité l’ordre socio-sexuel établie qui voudrait un homme valide cisgenré (viril) blanc riche soit plus considéré qu’une autre personnes dont l’identité physique, le genre, l’expression, l’ethnicité, le niveau social, la religion diffèrent. Reconnecter les gens aux gens, s’autoriser les rencontres, les croisements, les échanges…

 

Et le prénom Lub, alors ?

Lorsque j’ai voulu monter ce printemps une équipe de rollerpower tapette”, j’étais très inspiré par le brouillage des codes viriles de bande de motards par les filles du Roller Derby américain, c’est mon côté « butchy » ;P

J’avais d’abord voulu m’appeler Lux Skywalker pour la lumière, pis mon pote Foxie, m’a trouvé Lub, de Lubrifiant : autant un mot qui rend l’allusion à Starwar complètement subversive, qu’un terme allusif au graissage de tes roulements à bille du Roller. Depuis, c’est mon surnom avec ces potes que j’ai officialisé chez les Fea.

 

Pourquoi tu signes avec un pseudonyme ?

C’est difficile pour moi de dire que je signe, à vrai dire, le projet : d’une part parce que je n’y appose aucun copyright et que j’ai toujours eu une démarche collaborative en tant que concepteur. Sur les Anarchives, j’y ai fait collaborer pas mal de mes pôtes par besoin de leur expertise sur des thématiques que je maîtrise mal: l’histoire LGBTQIA+, l’histoire du féminisme, la culture transsexe, bisex, l’anarcho-féminisme queer pro-sexe, les cultures & média alternatifs (punk, cybernétique), les cultures africaines, créoles, orientales, asiatiques et latinos. Du coup, ce projet c’est une grosse collaboration avec Bubble, Foxie, Lanaï et plus spécifiquement Nettle que j’ai pris comme partenaire. C’est un graphiste canarien, actif dans les labo D.I.Y. (Do It Yourself) et les projets participatifs, très sensibilisé aux questions post-coloniales : il a rajouté quasi deux tiers d’images estimées manquantes pour la juste représentation des diversités identitaires existantes – une exigence que j’avais dans mon cahier des charges dès le début. Avant ces ajouts, j’avais déjà présélectionné 500 matériaux iconographiques choisi pour leurs intérêts historiques, leur qualité de résolution numérique, et leur caractère interlope (on a parfois choisi d’éviter les références évidentes, puis dans le jeu subjectifs on y a glisser nos coups de cœur, par exemple parmi des anomymes, il y a des participants du projet, ou ma team de Roller !). Les Anarchives dans leurs versions finales comptabilisent 201 documents, couplés à quasi autant d’articles en hypertexte dans une interface numérique (page Facebook).

 

Comme à la fin, c’était ma team d’amis Rad Fea qui ont participé, j’ai trouvé ça légitime de signer avec le nom de ma côterie :p­

 

 

Vue de l’installation, Les Souffleurs, photographie: Lub SkywawKa © 2015.

 

Comment est né le projet Anarchiv. Sex. Alt : Queer PropaGenda ?

Comment est arrivée cette expo ? C’est un peu par hasard, c’est après avoir vu de grandes affiches présentant une planche iconographique qui relatait le parcours de Guy Debord et ses héritages à la Général (Paris, 11) par des graphistes libertaires. Souvent critique sur l’attachement libertaire à la pensée française des années 80, je me disais qu’il fallait leur proposer des archives sur les acquis de la pensée contemporaine queer, que ce soit la continuité du travail de Michel Foucault par des philosophes comme Paul Beatrix Preciado, ex-théoricienne du Genre, que les apports de l’anarcho-feminisme queer  pro-sexe sur la déconstruction de l’ordre sexuel patriarca-capitaliste caucasien, le consentement sexuel, le refus de la cisnormativité, du cissexisme, la lutte contre l’assignation forcée de notre genre et de identités culturelles.

 

Et du coup, j’ai monté ces archives, afin que les bastions de pensée autonome (post-punk ou libertaire) hétéronormée de fait, puisse enfin avoir accès et diffuser les pistes de réflexions et de solutions des anarcho-féministes et/ou des théories queer pour nourrir leurs expérimentations para-sociétales.

 

Référencement, Page Facebook Anarchiv.Sex.Alt: Queer PorpoGanga, photographie: Lub SkywawKa © 2015.

 

C’est quoi ce projet d’Anarchives ?

 

C’est plusieurs objets, d’un côté c’est le catalogage de 201 images de l’histoire des mouvements lesbiens, gays, bi & transex, ainsi que de leurs visibilités sociales sur le globe de 1869 (date de la création du mot homosexuel par le corps médicale pour désigner un comportement sociale d’orientation sexuelle) jusqu’à nos jours.

 

Ce catalogage constitue une archive numérique en 5 entrées sur la page https://www.facebook.com/Anarchiv.sex.alt , où apparaissent les légendes complètes de chaque images (description, sujet, contexte, nature, date, auteur, pays).

 

Chaque image est associée à un lien hypertexte vers d’autres documents en rapport : extraits vidéo, articler de sources indépendantes, interviews, sites d’auteur, blogs, autres…En ce, c’est un véritable organe de presse pirate, et un superbe outils de recherche de savoir autonome et participatif.

 

(La possibilité de poster des commentaires permet à l’administrateur du site, d’avoir des propositions et des corrections des utilisateurs)

 

Enfin, c’est la présentation de ces images sous formes de 5 planches iconographique rassemblant entre 30 et 50 images chacune, matérialisée sous la formes d’affiches au format A1 déclinées couleurs ou noir sur fond rose fluo.

Premiers tirages rose fluo, photographie d’atelier: Lub SkywawKa © 2015.

 

 

Concrètement dans le processus du travail, comment tu as procédé au regroupement d’images ? Comment tu as fait les assemblages ?

Les images ont été choisi en regard avec l’histoires LGBTQIA+, la déruralisation des gays lors des appelés pendant la guerres, les émeutes américaines, manifestations, associations et groupements activistes, magazines, journaux, médecins-chercheurs, cabarets, artistes, écrivains, poètes, documentaires, les lieux de dragues (de la sanisette aux back-room et forêts), portrait d’artiste, d’anonyme, site indépendant, des dates-clefs, etc… Sont rentrés en compte également des questions de résolutions d’images et d’exemplarité. En revanche ont été évacuées quelques références évidentes, et nous assumons un « catalogue irraisonné », il y a eu bien sûr beaucoup de plaisir et de complaisance à y mettre des références qui me plaisait moi ou mes collaborateurs. Mais la plupart du temps, certaines images ont du être évacuées par manque de visibilité ou par incohérence sur l’esthétique d’ensemble (dynamisme, équilibre chromatique de la planche par exemple)

Les planches iconographiques ont été montées un peu à la manière de l’iconographe Aby Warburg, par rapprochement de sens ou de situation commune : ainsi la création de sens fonctionne dans la balade du regard et la capacité du regardeur à faire les liens entre des informations mises côte à côte : par exemple, on été placées les sanisettes publiques qui furent parmi les premiers lieux de rencontres sexuelles clandestines à Paris, à proximité d’une photographie de backroom contemporains avec baignoire destinées aux pratiquant de golden shower ; ou encore la proximité de bal homosexuel afro-américain des années 20 aux ambiances mondaines en contraste avec la photo d’immigration queer latino contemporaine.

Depuis 2004, j’utilise moi-même ma propre approche transversales et heuristique de croisement de data en utilisant la théorie de la médiation utilisée en archéologie (axes d’a­­­nalyse par l’usages, la technique, de savoir-être, l’éthique) appliqué à la méthodologie de projet et à la juxtaposition de références iconographiques. Pour les Anarchives, j’ai mis en place un système de classification à 5 entrées :

– 1er entrée : l’être, l’individu, le personnel, la diversité identitaire (sphère personnelle)

– 2de entrée : le social, la famille, le clan, la meute, la côterie, l’amitié (sphère sociale)

– 3ème entrée : l’intime, la sexualité, l’amour (sphère pratique interpersonnelle)

– 4ème entrée : le combat, la résistance, la dissidence, l’activisme (sphère éthique)

– 5ème entrée : les médias, le visionnage, les visibilités, les représentations (sphère culturelle)

Du coup chaque affiche correspond à l’une de ces entrées. Évidemment, le personnel, l’intime, la dissidence, la visibilité pouvant être intimement lié, cela implique des images qu’elles peuvent fonctionner dans plusieurs entrées à la fois et permet le jeu d’une lecture transversale, une lecture anti-logos – anti-logique, queer en somme !

Enfin, c’est quoi au juste une Anarchive ?

 

C’est la mise en place d’un organe de recherche indépendant des sciences institutionnelles sur la visibilité et l’histoire LGBTQIA+ ; c’est en ça qu’elle est anarchiste dans son genre (!), c’est aussi une an-archive, dans la question éthique de la conservation : quelle substance sauvegardons-nous, quelle substances avons-nous perdu (je pense à une partie des archives de l’institut de sexologie du Docteur Magnus Hirschfeld brûlé par les autorités Nationalsozialist à Berlin en 1933) ? Pour moi, lorsque pour la planche Love Queer Love, je travaillais à la description des pratiques sexuelles relevées, je réalisais que je faisais entrer du patrimoine sexuel non-répertorié à ce jour, et pour moi, comme dirait Michel Foucault du fait que la rencontre homosexuelle n’est pas permise, la communauté homo a élaboré une culture du sexe, et c’est important de le présenter aussi comme un héritage, l’exploration des plaisirs sensuels des plus élémentaires aux plus expérimentaux comme un patrimoine vivant. C’est autant une affaire de mémoires collectives que de la question du lègue. La motivation première pour moi était liée à une interview récente d’un vétéran de Stonewall qui disait : « ce que nous avons acquis, on peux le perdre encore, la défense de nos droits, c’est une lutte sans relâche, bâtez-vous à votre tours ». Et je réalisais au regard de la grande homophobie autour de la manif pour tous, et au regard de la lecture des dernières statistiques européennes sur le sentiments de peurs, des pressions sociales, des agressions homophobes, qu’en effet il faut encore communiquer sur les libertés individuelles même dans une capitale de pays industrialisé comme Paris. Et en tant que survivant d’un monde qui semble avoir toujours chuchoté le refus de ta naissance, qu’en tant qu’homme de 37 ans, j’aimerais léguer un parcours plus léger aux jeunes générations.

 

Entretien du 9 juillet 2015 avec Lub SkywawKa par Florian Vouillamoz /Polychrome.

 

 

Exposition ANARCHIV. SEX. ALT : QUEER PROPAGENDA

Bar Les Souffleurs, 7 rue de Verrerie, Paris 74003 M. Hôtel de ville.

Ouvert 7 jours sur 7 dès 18h jusqu’au 31 juillet 2015.

https://www.facebook.com/Anarchiv.sex.alt

 

 

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PERFORMANCE, PRESENTATION ET PREVENTE DES POSTERS PAR L’AUTEUR.

 

Lundi 13 juillet aux Souffleurs à 19h, entrée Libre.

 

 

Pour Polychrome, Lub SkywawKa à bien voulu concocter la performance, Genre(s), en lien avec l’exposition Anarchiv. Sex. Alt: Queer PropaGenda.

 

Entre examen psychologique, témoignage & entretien, Genre(s), relate des expériences vécues et phantasmées sur le sentiment d’identité refusée et de résiliation.

 

 

 

https://www.facebook.com/events/515037161986744/permalink/515042981986162/

 

 

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