Apéro de rentrée de Polychrome

1 octobre 2015, 19 h 19 min

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Le dimanche 13 septembre, à l’occasion de l’apéro de rentrée de Polychrome, la cave des Souffleurs s’est vue investie par la performeuse Eglantine Laval qui, assistée d’un proclamateur et d’un joueur d’harmonica, nous a proposé « X ».
L’espace de la cave, scindé en deux par une toile vierge déroulée à partir du plafond et magnifiée par un halo de lumière, s’est rapidement rempli d’une petite foule de volontaires potentiels, qui s’étaient vus distribuer au préalable un ticket portant les instructions suivantes :

« Entre dans le cercle de lumière ; quand il se fera silence et que le masque apparaîtra sur l’écran de chaire, il inscrira la carte des sens qui soignera ton corps. Les peurs sorties de ton sein, à minuit tu auras au cœur le sceau réunissant les morceaux. »

Ce petit texte, quelque peu obscur au premier abord, livre pourtant la trame ainsi que les clefs de compréhension de l’événement. En effet, après une introduction exhortant les volontaires à se rapprocher afin d’occuper l’intégralité de l’espace disponible, puis un court silence, la porte du fond s’est ouverte, permettant à Eglantine Laval de pénétrer le lieu. Initialement dissimulée sous un masque doré et une longue cape blanche, elle s’est rapidement départie de cette dernière, laissant apparaître une combinaison en lycra noir.

Un.e volontaire s’auto-désignait alors parmi le public. Elle/il était invité.e à se placer debout, face à la toile, tandis que la performeuse prenait place symétriquement, de l’autre côté, la seule liaison corporelle entre les deux individus étant les mains de la/du volontaire, qui pendaient à travers deux trous percés dans la toile. L’idée était d’établir une autre liaison, d’un tout autre type, relevant principalement du ressenti que la/le volontaire produisait non seulement chez la performeuse, mais aussi chez ses assistants, qui communiquaient l’un par un flot de paroles au contenu assez disparate, et l’autre par des fragments de mélodies. Ces trois acteurs associés guidaient la main d’Eglantine Laval au fur et à mesure qu’elle traçait à l’encre de couleur, sur la toile qui la séparait de la/du volontaire, la matérialisation de ce ressenti – les sensibilités, les forces, les fragilités perçues en parcourant les différentes régions de son corps.

Une fois la silhouette achevée, la performeuse choisissait pour finir de découper une partie de la toile, correspondant à une partie du corps de la/du volontaire, afin de la lui remettre. Le choix de l’emplacement était-il arbitraire, ou bien révélateur de tensions (psycho)somatiques chez la personne concernée ? Via cette pratique, Eglantine Laval s’inscrit vraisemblablement dans la lignée des « sorcières guérisseuses » : cette approche paramédicale du corps via les énergies qu’il véhicule, la plupart du temps confinée à la sphère de l’ésotérisme, reste pour cette raison un domaine encore assez méconnu en France.

Ottoline Mary