Rencontre avec les Pussy Chérie

26 janvier 2016, 13 h 32 min

Pussy Chérie - Berlin - Lucille Affre

Je suis allée boire un verre avec les Pussy Chérie et voilà le résultat. Les trois membres du groupe, incarnant leurs personnages respectifs (Gringo, Simone de Bavoir et Funérailles), se livrent à une sorte de brainstorming autour des thématiques récurrentes dans leurs productions : techno, drogue, sexe, militantisme féministe et LGBT. Sans recourir à des didascalies, je tente ici de retranscrire la genèse mystifiée, les identités mises en scène, les réponses qui fusent dans tous les sens, mais surtout l’énergie débordante et communicative qui promet de belles surprises pour le live de dimanche.

O : J’aurais du mal à caser votre EP (Introduce the Pussies) dans un style musical prédéfini. Les morceaux oscillent entre une techno assez pure, quasi-instrumentale (Dangerous Cocktail) et des énergies plus electroclash (The Club) qui rappellent pas mal Sexy Sushi. Sans forcément parler d’affiliation à un courant en particulier, est-ce que vous avez l’impression de vous inscrire dans la lignée de certains groupes de référence ? C’est quoi vos influences principales ?

Simone : D’une part, on possède des goûts et des univers individuels. Chacun est issu d’un parcours musical qui lui est propre. De mon côté, mon projet personnel est plutôt orienté pop-folk / acoustique.
D’autre part, même en cumulant tout ça, on aurait du mal à rentrer dans des cases musicales. Du moins, pas des cases fixes : on est un groupe de transition, d’évolution.

Gringo : Un peu comme moi, quoi.

Simone : Ceci dit, je peux citer des artistes qui m’ont influencée à titre personnel. Par exemple, j’aime beaucoup Archive, notamment leur chanson Again.

Funérailles : En l’occurrence, cette influence d’Archive se reflète au niveau de la structure musicale. Et c’est assez représentatif de ce que tu apportes à Pussy Chérie : un côté rock et doux à la fois, et l’importance du chant.

O : J’imagine que avez tout de même des affinités, quelques influences communes à tous les membres du groupe ?

Gringo : Alors évidemment, tant au niveau du son lui-même que du texte, on pense immédiatement à Sexy Sushi.

Simone : Quelque part, on a un peu hérité de l’énergie de Prodigy. Je pense notamment au clip de Smack my bitch up.

Gringo : Il y a aussi Fischerspooner – une de mes plus grosses claques – pour le son plus instrumental, qui s’éloigne de ce que font les Sexy Sushi.

Funérailles : C’est vrai qu’on a un côté rave, techno hypnotique, qui est assez marqué. C’est un univers qu’on connaît assez bien, qu’on s’attache à décrire, mais sans prendre parti, sans porter un jugement dessus. Dans l’idéal, on aspire à ce que notre musique devienne une drogue à part entière, pouvant se substituer aux autres drogues qui circulent dans le monde de la nuit. On cultive vachement ce côté substantiel : on voudrait injecter au public une musique puissante, capable de cogner l’esprit comme de faire bouger le corps.

O : Comment est né le groupe ?

Simone : Il y a quelques années de ça, je travaillais comme tenancière d’un club, qui jouissait d’une réputation un peu déviante, un peu sale. Moi, stricte et plutôt lunatique, j’y ai repéré le jeune Funérailles (qui se faisait alors appeler Ginger Bitch), qui passait son temps à danser, seul, sans le sou, en finissant les verres abandonnés. Je l’ai pris sous mon aile. Et puis, à son tour, Gringo est arrivé, auréolé de mystère, toujours à trafiquer des affaires louches, ce que je tolérais plus ou moins.

Funérailles : Mais son grand cœur a fini par la faire céder, et depuis nous sommes inséparables.
Pour revenir à ce que je disais tout à l’heure, pour tous les trois, la musique a permis de s’extraire de la prison chimérique de la drogue. Pussy Chérie nous a servi d’exutoire.

O : Par ailleurs, vos morceaux ont toujours un côté vachement sexy.

Simone : Ah ben oui, c’est hyper sexuel ! Il n’y a qu’à écouter The Club, Veronika, Gayrilla

Gringo : Effectivement, on parle de drogues, de sexe, de l’univers du club en général, mais toujours d’un point de vue neutre. On décrit des choses qu’on connaît, dont on a fait l’expérience, sans ambition moralisante. On n’est pas en mesure de dicter aux gens leur conduite. En l’occurrence, de nos jours, les drogues se sont tellement démocratisées qu’on peut difficilement les ignorer, faire comme si elles n’existaient pas.

Funérailles : Oui, le FN s’est largement démocratisé.

O : Hein ????? Quid du FN ? On parlait pas des drogues à la base ?

Gringo : Boarf, c’est l’opium du peuple.


O : J’ai l’impression que votre univers possède une dimension militante. Si oui, alors dans quelle mesure est-ce qu’elle se ressent dans votre musique ?

Simone : On ne milite pas explicitement. Dans ce qu’on fait, c’est surtout le côté scénique qui est primordial. Il faut savoir qu’on est deux à être issus du théâtre. On aimerait que l’expérience qu’on présente au public dépasse le cadre purement musical pour aller vers une sorte de spectacle vivant, qui passe par nos textes, notre présence, etc. Je pense qu’on peut parler du groupe en tant que véritable projet artistique.

Gringo : Notre envie commune, c’est de faire danser les gens, de faire bouger leurs corps, que chacun puisse se reconnaître dans ce qu’on propose. Ça s’entend dans nos textes, qu’on écrit toujours à six mains. D’ailleurs, il faut savoir que les chansons qu’on trouve sur l’EP ne sont pas les plus militantes. Globalement, je dirais plutôt qu’on est engagés.

Funérailles : Enfin, on se rejoint quand même dans certaines valeurs fondamentales : l’ouverture d’esprit, la défense des droits des minorités à vivre leur sexualité librement, etc. En l’occurrence, je pense qu’on se définit comme un groupe féministe.
Et puis, le but c’est aussi de toucher le plus de monde possible. Dans le sens où je l’entends, le militantisme revient à une forme de fermeture. Là aussi, on fait preuve d’une volonté de ne pas rentrer dans des cases.

Gringo : Mais, de toute façon, à partir du moment où je suis ouvertement trans, mon existence même est politique, alors de fait, on est militants.
Et nos morceaux peuvent nous permettre de faire passer des messages. Par exemple, au début de Gayrilla, on balance 1 minute 30 de l’enregistrement d’une discussion de sympathisants de la Manif pour tous : cet extrait à la fois horrible et absurde sert d’introduction à la chanson, qui parle d’identités LGBT.

Funérailles : A titre individuel, plutôt que de militant, je me qualifierais de soutien.

Simone : J’ai personnellement du mal avec le milieu homo, même si je le suis moi-même. Je préfère rencontrer des gens qui pensent différemment, pour me heurter à leurs convictions, ce qui me permet de m’interroger sur les miennes. Par l’ouverture vers l’inconnu, c’est comme ça qu’on avance. D’où le fait que j’aie choisi de travailler derrière un bar, d’ailleurs.

O : Vous n’avez pas de public-cible fixe ? Tu dirais que votre identité de groupe est flexible selon l’endroit où vous passez ?

Simone : Ah mais complètement. On s’adapte en fonction du public, à chaque fois. Une fois, on s’est retrouvé à jouer devant des enfants, dans un centre d’animation.
Ceci dit, on ne peut pas non plus accepter toutes les dates : on est obligés de sélectionner un minimum.

O : Du coup, parmi tout ce qu’on vous propose actuellement, c’est quoi vos projets ?

Simone : Il est possible qu’on ait une résidence à la Mutinerie, et une à L’international. Ce sont deux lieux à l’esprit très différent, ce qui représente bien l’éclectisme de nos investissements.

Ce dimanche, les Pussy Chérie seront présents aux Souffleurs pour vous livrer un dj set « à la fois dark et sexy, entre deep house et disco wave » ! Ce sera aussi l’occasion d’entendre en live certains morceaux cités dans l’interview et qui ne figurent pas sur l’EP.

Venez en profiter pour discuter avec les membres du groupe, ainsi qu’avec l’équipe Polychrome, fidèle au poste ! Des EP seront mis en vente en avant-première (sortie officielle le 23 février) à 7€ l’unité, et vous pourrez bénéficier d’un tarif préférentiel à 10€ pour un package EP + Adhésion Polychrome.

Ottoline Mary

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