Marion : “L’étiquette « lesbienne », dans le cas de ma soirée, désigne plus un univers culturel qu’une sexualité concrète”

21 avril 2016, 14 h 48 min

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Ça fait un moment que le nom de Marion se faufile dans les line-up de la nuit queer parisienne. Le 29 avril, elle lance au Klub sa première soirée « One Way… Or Another » : on a saisi l’occasion d’en apprendre un peu plus sur ses projets.

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Ottoline : Comment t’est venue l’envie de mixer ?

Marion : Quand j’ai commencé mes études, je vivais encore à Marseille et j’avais l’habitude de sortir au Spartacus, un club gay dont la programmation était plutôt pointue. Au début, j’y allais simplement pour l’ambiance, sans trop faire gaffe à la musique. Mais progressivement, je suis « tombée dedans » : je me suis laissée fasciner par la capacité des djs à créer un univers le temps d’une soirée. A partir de ce déclic, via Internet, j’ai découvert Kill the dj, Miss Kittin, toute la clique de l’electro française. J’en suis venue naturellement à acheter mes platines et mes premiers vinyles.

A partir de ce moment-là, j’ai mixouillé pendant 10 ans dans ma chambre, sans être confrontée à un public. J’ai déménagé à Paris il y a 9 ans pour finir mes études. Ma toute première date, c’était il y a 5-6 ans, au Batofar. Ça s’était bien passé, mais je n’étais pas encore tout à fait prête à « me lancer » pour de vrai. Puis, quelques années plus tard, j’ai été recrutée un peu malgré moi par des amis qui cherchaient unE dj pour un warm-up à La Petite Halle de la Villette. Là aussi, ça s’est très bien passé. Les choses se sont enchaînées et peu de temps plus tard, j’étais proclamée résidente de La Klepto ! Pas mal de clubs cherchaient alors des collectifs à inviter, ce qui nous a permis d’acquérir rapidement une bonne visibilité.

Ottoline : Pourquoi cette nouvelle soirée le 29 au Klub ? C’est quoi l’esprit ? Qu’est-ce qui est novateur ?

Marion : Au bout d’un moment, mon travail de dj étant devenu particulièrement chronophage, j’évoluais dans un environnement exclusivement techno, le rock et les concerts ont commencé à me manquer. Alors j’ai développé l’idée de mélanger les deux genres musicaux au sein d’une même soirée. Pour cette première édition, le plateau sera composé à 100% de djs. Mais si ça fonctionne, à terme, j’aimerais prendre plus de risques comme démarrer la soirée sur un format concert ou proposer un live plus electro/techno.

Le deuxième aspect fondamental est un angle queer, plutôt lesbien, et surtout intimiste. L’idée est que les gens communiquent entre eux, et qu’une complicité, un contact puisse s’établir naturellement à travers un détournement commun des stéréotypes de genre. Il s’agit de décloisonner ces codes, en se les ré-appropriant. C’est un peu ma façon de militer, en proposant un espace sans frontières. Par exemple, j’étais allée une fois mixer à Londres, dans une soirée dite lesbienne mais où la population était très mélangée. L’étiquette « lesbienne », dans le cas de ma soirée, désigne plus un univers culturel qu’une sexualité concrète. En gros, il s’agit de mélanger les genres, aussi bien musicalement que socialement.

one-way-1-4-partenaires-4 (1)Ottoline : C’est quoi pour toi le rôle d’unE dj ?

Marion : J’ai envie de créer une histoire, que les gens se baladent, voyagent à travers ma sélection de sons, qu’ils découvrent des trucs insoupçonnés. J’aime créer des effets de surprise en introduisant des sons dissonants et déstructurés, d’où mon attrait pour le concept de mélange des genres. Ça permet une fluctuation d’énergies, d’ambiances. Par exemple, je travaille beaucoup sur une certaine lourdeur des sons, amenée progressivement depuis la house vers la techno via du disco. Je joue beaucoup sur les samples, les changements de rythmes, les contrastes entre montées et descentes. Cette prise de risques pourrait faire fuir le public, mais heureusement, pour la plupart, ce sont des habitués, qui me font confiance ! Ça rend le truc assez convivial.

Ottoline : Tu préfères faire les warm-up ou les clôtures ?

Marion : Ce que je viens de dire à propos des effets de surprise, ça s’applique surtout en warm-up, justement. En clôture, on a moins le droit à « l’erreur », il ne faut pas lâcher l’intensité, tenir les gens jusqu’au bout, par les émotions, avec une forme de mise en pression.

Ottoline : Musicalement, quels sont les labels / artistes qui t’inspirent ?

Marion : Dès le début, je me suis intéressée aux sons qui apposent, sur une structure electro, des nappes et des sonorités plutôt rock et expérimental, comme ce qui peut être produit sur les labels Tigersushi et D.I.R.T.Y. Et puis, en plein courant minimal, j’étais ultra fan des sortie de chez M-nus, Kompakt et compagnie. Tous ces gens qui gravitaient ensemble, je les ai découverts par le biais des line-up des soirées. Aujourd’hui, j’écoute et je mixe pas mal de sons de la nouvelle scène d’Amérique latine, promue par des labels comme Cómeme, Sanfuentes ou encore le tout jeune label Duro.

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