Le rectum est-il une tombe ?

• 12 juin 2017 18h30 • École du Louvre

Conférence de Gianfranco Rebucini.

À l’ère du « mariage pour tous » et de l’homoparentalité inscrite dans la loi française, l’œuvre de Leo Bersani demeure aujourd’hui une source de réflexion remarquable quant à la possibilité même de l’intégration du sujet homosexuel dans nos sociétés. Cette intégration est-elle souhaitable si le but est désormais la respectabilité du sexe gay ? Ne doit-on pas au contraire prendre au sérieux une position « homophobe » sur la sexualité homosexuelle qui en fait la fin de la civilisation, une césure dans la parenté et une rupture fondamentale du contrat social ? Ne serait-il plutôt pas cela le chemin vers une véritable émancipation ?

En interprétant de manière originale la théorie freudienne en la croisant avec les théories du pouvoir de Foucault, Bersani introduit une idée contre-intuitive selon laquelle, plutôt que force vitale reliant le plaisir à la vie, à la survie et au futur, le sexe et particulièrement le sexe homo et le sexe réceptif anal, est pulsion de mort. Il est la négativité qui délite, défait, détruit le lien social. Le sexe, le sexe passif et anal devient ainsi la force de la perdition et de la destruction du moi socialement construit.
C’est ainsi, que Bersani pose les présupposés théoriques d’un courant antisocial dans les théories queer, dont les figures majeures sont Lee Edelman, Jack/Judith Halberstam, et qui a longuement été discuté et critiqué par des auteur.e.s comme Jose Esteban Munoz et Tim Dean entre autres. Ce courant croise aussi des productions artistiques de cette même époque qui, comme le punk, voient, dans la négativité et le rejet de la socialité un élément central de contestation.
C’est à ces discussions et propositions que l’on se propose de se pencher pour l’occasion.

Gianfranco Rebucini est docteur en anthropologie sociale et ethnologie de l’EHESS et chercheur associé au IIAC/LAIOS de l’EHESS. Il est spécialiste des études sur les masculinités et sur les sexualités entre hommes au Maroc et, plus récemment, se consacre à une recherche concernant les mouvements et politiques queer et les formes d’intervention de la radicalité sexuelle entre la France et l’Italie. Il s’intéresse également aux liens entre théories queer et marxisme.

Lieu : Ecole du Louvre, Palais du Louvre (Porte Jaujard), 75001. Amphithéâtre Goya
Gratuit
Inscription (personnelle et nominative) OBLIGATOIRE pour accéder au lieu : bit.ly/2rSU6ai